Dire que l’univers du toilettage s’est profondément transformé au cours des dix dernières années est une réalité dont l’évidence ne peut surprendre personne. Ce qui est plus intéressant, c’est de rappeler qu’un homme en tous cas, malheureusement disparu trop tôt et dans la fleur de son âge, a joué dans cette mutation un rôle tout à fait fondamental, et ce n’est que bonne justice de le rappeler ici.

Les « nouveaux » dans notre métier ne le savent peut-être déjà plus, mais tous les “anciens” l’auront déjà deviné, je veux parler de Pierre BOETSH. Rappelons-le, Pierre BOETSH a d’abord été un handler. Mais quel handler ! Ce métier américain qui n’existait nulle part en Europe, Pierre l’y a inventé, imposé, se hissant au niveau des plus grands de l’autre côté de l’Atlantique. Et avec quel talent ! S’il ne gagnait pas tous les Best des expositions auxquelles il prenait part, week-end après week-end, je ne crois pas qu’il soit souvent arrivé qu’il n’y fut pas présent !

Et quelle passion ! Pierre ne partait pas en exposition, il partait en expédition ! C’était chaque fois un nouvel Annapurna ! Il fallait le voir partir, seul dans sa camionnette, avec de 30 à 40 chiens, qu’il avait préparé seul, dont les deux tiers au moins feraient le lendemain, l’IB de leur race ! Les américains, c’est vrai, sont coutumiers de ce genre de performances. Mais ils travaillent en équipe, parfois fort nombreuse, et tout est fait dans les expositions américaines pour leur faciliter la tâche ! Rien de comparable sur notre vieux continent, et l’équipe de Pierre se résumait le plus souvent… à lui-même, parfois un apprenti, parfois quelques amis…

Passionné, curieux de tout, Pierre a parcouru le monde à la recherche de la perfection cynotechnique, et nul ne peut nier qu’il ait fondamentalement transformé le paysage de la cynophilie française. Important des chiens du monde entier, présentant des niveaux de toilettage totalement inconnus chez nous à l’époque, il nous a tous obligés à nous remettre en question, à essayer de nous hisser à son niveau.

Mais Pierre ne se contentait pas de donner l’exemple. C’était aussi un fameux prosélyte ! Toute notre génération de toiletteurs, tous ceux qui l’ont voulu en tous cas, ont profité de ses conseils, dispensés avec la générosité de cet être qui donnait sans compter. Mais cela ne lui suffisait pas encore ! Combien d’entre nous Pierre a t-il su entraîner dans ses voyages les plus fous ! De Cruft à Westminster, de la Hollande à la Suède, il prodiguait dans la plus grande générosité, ses adresses, ses relations, ses informations !

Nous faisant parcourir ainsi à sa suite la cynophilie internationale, Pierre, alors même qu’il n’a jamais été lui même un très grand technicien, a donné à ceux d’entre nous qui ont voulu s’en donner la peine, l’occasion de découvrir les techniques du monde entier en matière de toilettage, ce qui a entraîné la révolution que nous connaissons aujourd’hui !

L’usage systématique de produits de haute qualité, notamment en matière de shampooings, l’utilisation de l’eau adoucie, des airs à haute et basse pression, les techniques de reconstitution des films sébacés, tout cela, nous l’avons découvert grâce à lui.

Quoiqu’il ait toujours refusé de s’y impliquer personnellement, Pierre observait par ailleurs avec beaucoup d’intérêt nos recherches dans le domaine de l’amélioration de la productivité de notre métier  : tenue ergonomique des ciseaux, coupe à l’aspirateur, séchage par la combinaison des airs… s’il ne s’y impliquait pas personnellement, il savait y aller des ses encouragements, de ses conseils et de ses commentaires…

Enfin, Pierre Boetsch avait une très claire conscience de ce qui fait à la fois la faiblesse des entreprises de toilettage dans notre pays, et leur formidable potentiel de développement  : leur non prise en compte du marché de l’hygiène. Par tradition, les toiletteurs français ont tendance à limiter leur champ d’action aux races dites toilettables, tenant pour subalternes les actes d’hygiène, surtout s’il s’agit de sujets dont la fourrure n’est ni à tondre ni à couper. Ce mépris du marché de l’hygiène est véritablement une exception française, et cela explique sans aucun doute que nous ayons l’une de plus faibles densités de toiletteurs parmi les pays qui nous sont comparables sur le plan économique  : à titre d’illustration, il y a une fois et demie plus de toiletteurs par habitants aux Etats Unis que dans notre pays ! La conquête du marché de l’hygiène, voilà, sans l’ombre d’un doute, le challenge des dix prochaines années pour notre jeune profession !

-> Lire aussi : À la conquête du marché de l’hygiène

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